La parabole du commandant

Un paquebot fait naufrage à cause d’une manœuvre imprudente de son commandant. (Les journaux)

A bord : 4.229 personnes dont une trentaine de victimes.

Bilan terrible pour une catastrophe qui est comme un symbole de notre époque, telle que l’apôtre Paul l’a dépeinte, vingt siècles auparavant : « Dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles. Car les hommes seront égoïstes, amis de l’argent, fanfarons… » (2 Timothée 3/1).

Sans aller jusqu’au bout de la série, regardons simplement ces trois premiers adjectifs.

1 – Fanfarons.

Le « Concordia » quitte le port de Civitvecchia pour Livourne. Le commandant Francesco Schettino est sur la passerelle de pilotage. Il veut en mettre « plein la vue », fait venir près de lui un maître d’hôtel du personnel de bord. Il veut saluer la famille de cet homme, sur une petite île très proche, trop proche. Pour abandonner « impunément » la route prévue, la seule route sûre, il fait alors désactiver le système de navigation assistée et les alarmes. Et c’est le drame : le « Concordia » percute un rocher immergé qui ouvre une brèche de 70 mètres dans le flanc bâbord.
Un de ses anciens collègues se souvient de lui comme d’un « fanfaron ». Le même mot que dans la lettre de Paul !

2 – Amis de l’argent.

Les croisières sont décidemment à la mode. Presque tout le monde veut en faire et beaucoup y parviennent. C’est la course aux profits : on fait des bateaux de plus en plus grands. Le dernier bat tous les records ; il pourra transporter 8 000 personnes ! Les experts tirent en vain la sonnette d’alarme. Si le naufrage était intervenu en pleine mer, il aurait fallu 200 hélicoptères pour évacuer tout le monde en pleine sécurité. Opération pratiquement impossible dans la plupart des pays.

3 – Egoïstes.

D’après les déclarations des uns et des autres, c’était un peu le chacun pour soi. Avant de porter un jugement, essayons de nous mettre à la place de ces gens terrorisés, dans l’obscurité, l’incertitude et la bousculade. Ceci étant dit, quelle différence entre ce commandement s’enfuyant le premier et laissant ses passagers se débrouiller, et le commandant du Titanic, Edward Smith, restant jusqu’au bout à son poste. Les rescapés frigorifiés du naufrage le plus célèbre de l’Histoire (en 1912) en ont parlé, comme ils ont raconté que l’orchestre eut la noblesse de jouer, à la fin, le cantique « Mon Dieu plus près de toi ».

Tout un symbole ! Un siècle plus tard, nous avons vraiment changé d’époque.

Gérard FO


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